Chasse et pédagogie: le grand écart éducatif.

T’as raison le chat !

C’est l’automne avec le grand retour de la… chasse.

En me promenant avec mes chiens, j’ai découvert sur le trottoir de ma ville une patte de sanglier bien fraîche. Les chiens étaient ravis de cette délicate attention tombée du ciel. Plus probablement d’un pick up trop rempli.

Je me suis alors rappelé quelques échanges que j’ai eus en classe avec certains de mes élèves lorsque j’évoquais le thème de la protection du vivant.

Parler de la chasse à l’école, c’est marcher sur un fil.

D’un côté, les programmes scolaires insistent sur la protection du vivant, la biodiversité, l’écologie, le respect du monde animal.

De l’autre, la société et les politiques continuent de valoriser la chasse comme une pratique de loisir, un héritage ou une tradition.

Entre ces deux mondes, l’enseignant se retrouve souvent piégé.

Le paradoxe français

Comment expliquer à un enfant qu’il faut protéger (voire aimer) les animaux, tout en lui disant que certains ont le droit de les tuer « pour le plaisir » ?

La France défend dans ses textes officiels une éducation à la nature. Mais elle tolère et soutient un loisir fondé sur la mort d’animaux. Cette contradiction brouille les repères moraux et fragilise la construction d’une éthique du vivant.

Les mots qui tuent doucement

Le langage joue ici un rôle essentiel.

  • On ne dit pas tuer, on dit prélever.
  • On ne dit pas animal de la forêt mais gibier.
  • On ne dit pas traquer mais réguler.

Cette sémantique anesthésiante transforme un acte de destruction en geste de gestion.

Le vocabulaire de la chasse est plein de ces euphémismes : plan de chasse, équilibre des populations, gestion du territoire

Tout y semble rationnel, maîtrisé, quasi scientifique.

Mais derrière ces mots se cachent une réalité brutale : un être vivant perd la vie pour le loisir d’un humain.

Ces mots répétés finissent par désensibiliser. Ils enseignent qu’il suffit de reformuler la violence pour la rendre acceptable.

En classe : entre neutralité et vérité

Certains diront que l’école doit rester neutre. Mais la neutralité, face à la destruction du vivant, n’est pas une valeur éducative.

Informer, c’est déjà choisir : choisir la connaissance, la réflexion critique.

On peut donc parler de la chasse sans prêchée, mais en questionnant :

  • pourquoi chasse-t-on ?
  • Que ressent l’animal ?
  • Que devient l’équilibre des écosystèmes ?

Ces discussions permettent aux enfants de développer leur esprit critique et leur empathie, deux piliers d’une éducation réellement citoyenne.

Réhabiliter la sensibilité

Apprendre aux enfants à observer un oiseau, suivre une trace, comprendre une chaîne alimentaire, ce n’est pas du militantisme. C’est former des humains conscients.

C’est leur rappeler qu’on ne peut pas défendre le vivant d’un côté et applaudir les battues de l’autre.

C’est faire de la pédagogie une arme douce, celle qui éveille plutôt que celle qui justifie.

En guise de conclusion

Parler de la chasse, c’est parler de notre rapport au vivant.

Tuer pour le loisir n’est pas une tradition : c’est un refus d’évoluer.